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31 - Charles Baudelaire - 1821/1867

  • JF
  • 26 déc. 2025
  • 8 min de lecture
Le poète maudit
Le poète maudit











Charles Baudelaire est un poète symboliste du 19ème siècle.

Esprit torturé, la mélancolie est le fil conducteur de son œuvre.

Adolescent et jeune homme rebelle, fréquentant le « Quartier Latin »,

il mène une vie de bohème à tel point que sa famille exaspérée l’oblige, alors qu’il a 20 ans, à s’embarquer pour les Indes, voyage qui, bien qu’abrégé , sera pour lui une source importante d’inspiration marquant son œuvre.


De retour à Paris, il dilapide l’héritage que lui a laissé le décès de son père, si bien que sa famille intervient à nouveau et décide de le mettre sous tutelle.


Contraint de travailler il devient critique d’art et journaliste.

C’est alors qu’il commence à écrire les premiers poèmes de son œuvre majeure, « Les fleurs du mal », ouvrage qui sera condamné pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs »


Criblé de dettes, après s’être réfugié un temps en Belgique, il meurt à Paris à l’âge de 46 ans, rongé par la syphilis, les drogues et l’alcool, le 31 août 1867.





La Poste française a émis deux timbres à l’effigie de Charles Baudelaire, le premier en 1951 référencé au catalogue Yvert et Tellier sous le n°908, le second en 2021, référencé sous le n°5482




 

Né à Paris d’un père sexagénaire, Joseph-François Baudelaire, et d’une jeune mère de 27 ans, Caroline Dufaÿs, Charles perd son père à l’âge de cinq ans.

Sa mère se remarie un an plus tard avec le chef de bataillon Jacques Aupick.

 

Rapidement, le jeune adolescent s’oppose à ce beau-père qu’il finit par haïr, interposé qu’il est entre sa mère et lui, ne comprenant pas la vive sensibilité de l’enfant et incarnant à ses yeux les entraves à tout ce qu’il aime : sa mère, la poésie, le rêve et, plus généralement, la vie sans contingences.

 

Au hasard des affectations du lieutenant-colonel Aupick, le jeune homme est tout d’abord inscrit à Lyon, en 1861, à la pension Delorme et suit les cours de sixième au collège royal puis en cinquième alors qu’il est devenu interne.

De retour à Paris, alors qu’il est âgé de quatorze ans, Charles est inscrit comme pensionnaire au collège Louis-le-Grand et doit redoubler sa troisième.

En seconde, il obtient le deuxième prix de vers latins au concours général mais, il est renvoyé du lycée en avril 1839 pour, semble-t-il, un épisode « d’amitié particulière »,

 

Baudelaire qui mène alors une vie en opposition avec les valeurs bourgeoises incarnées par sa famille, passe malgré tout, « in extrémis » son baccalauréat au lycée Saint-Louis.

 

C’est alors qu’au début de juin 1841, jugeant la vie de l’adolescent « scandaleuse », son beau-père, pour essayer de l’assagir, le fait embarquer pour Calcutta à bord du « Paquebot des Mers du Sud ».

Ce voyage n’aboutira pas et, victime d’un naufrage, Charles échoue aux îles Mascareignes, Maurice et La Réunion.

On ignore s’il poursuit son voyage jusqu’aux Indes, pas plus d’ailleurs qu’on ne sait la façon dont il est rapatrié.

Il sera de retour à Paris dès 1842.

 

Commence alors une période durant laquelle il mène une vie dissolue, s’éprend d’une jeune mulâtresse Jeanne Duval qui lui fera connaitre les charmes et les affres et amertumes de la passion, fréquente des prostituées, toutes s’accordant, contrairement aux apparences, pour témoigner de la chasteté surprenante de Baudelaire.

Il dépense sans compter si bien qu’endetté, il est placé sous tutelle judiciaire.

Il commence alors à composer plusieurs poèmes des « Fleurs du mal ».

 

Critique d’art et journaliste, il défend Delacroix et Balzac contre caricatures et attaques.

En 1843, il découvre les « paradis artificiels » trouvant dans cette expérience matière à décupler sa créativité.

Victime de la syphilis contractée vers 1840 durant ses rapports avec la prostituée Sarah dit « La Louchette » il fait un usage thérapeutique du laudanum et, augmentant progressivement les doses,  il en décrira « les enchantements et les tortures ».

 

Dans sa vie de dandy, Baudelaire a des goûts de luxe.

Ayant hérité de son père à sa majorité, il dilapide la moitié de cet héritage en 18 mois.

Ses proches se réunissent alors et le 21 septembre 1844, maître Narcisse Ancelle, notaire de la famille, est nommé conseil judiciaire.

Ce dernier lui alloue une pension mensuelle de 200 francs en lui imposant, d’autre part, de rendre régulièrement des comptes.

Baudelaire, humilié par cette situation qui l’infantilise, tente de se suicider d'un coup de couteau dans la poitrine le 30 juin 1845.

 

En 1848, alors qu’il a participé aux barricades, la révolution de février institue la liberté de la presse et Baudelaire fonde une éphémère gazette, « Le Salut Public » qui n’ira pas au-delà du deuxième numéro.

A partir de juillet 1848, après une première traduction d’un texte d’Edgar Allan Poe « Révélation magnétique », Baudelaire ne cessera de proclamer son admiration pour l’écrivain américain, dont il deviendra le traducteur attitré, la connaissance des œuvres de Poe atténuant définitivement sa « fièvre révolutionnaire ».

Par contre, il partagera la haine de Gustave Flaubert et de Victor Hugo pour Napoléon III, mais sans s’engager outre mesure d’un point de vue littéraire.

 

En-dehors de la compréhension de certains trop rares de ses pairs, Baudelaire n’est pas aimé et se voit reprocher son style d’écriture et le choix de ses sujets.

La presse lui est hostile.

Dès la parution des « Fleurs du mal » le journaliste Gustave Bourdin du « Figaro » réagit avec virulence en ces termes : « Il y a des moments où l’on doute de l’état mental de M. Baudelaire, c’est, la plupart du temps, la répétition monotone et préméditée des mêmes choses, des mêmes pensées. L’odieux y côtoie l’ignoble ; le repoussant s’y allie à l’infect… » 

 

Peu de temps après leur parution, « Les Fleurs du mal » sont poursuivies pour :

-         « offense à la morale religieuse »

-          et « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ».

Ce dernier chef d’inculpation étant seul retenu, Baudelaire est condamné à une amende de trois cents francs, réduite à cinquante, après intervention de l’impératrice Eugénie.

De son côté, l’éditeur doit s’acquitter d’une amende de cent francs avec obligation de supprimer de l’ouvrage six poèmes dont le procureur général a demandé l’interdiction.

 

Ce jugement affecte profondément Baudelaire.

Contraint et forcé, il fera publier une nouvelle édition en 1861 qu’il va enrichir de trente-deux poèmes et en 1866, alors qu’endetté il s’est depuis deux ans réfugié en Belgique, il réussit malgré tout à faire publier à Bruxelles sous le titre « Les Epaves » les six pièces interdites accompagnées de seize nouveaux poèmes.

 

Le 30 août 1857, Victor Hugo, qui a pris connaissance du recueil que Baudelaire lui a adressé, lui envoie de son exil à Guernesey une lettre d’encouragement : « Vos Fleurs du Mal rayonnent et éblouissent comme des étoiles. Je crie bravo de toutes mes forces à votre vigoureux esprit. Permettez-moi de finir ces quelques lignes par une félicitation. Une des rares décorations que le régime actuel peut accorder, vous venez de la recevoir. Ce qu’il appelle sa justice vous a condamné au nom de ce qu’il appelle sa morale ; c’est là une couronne de plus ».

 

Lors d’une visite à l’église Saint-Loup de Namur, il est pris d’un malaise, cette perte de connaissance étant suivie de troubles cérébraux, d’aphasie et enfin d’hémiplégie à partir de mars 1866.

 

Ramené à Paris en juillet, il est admis dans la maison de santé du docteur Guillaume Émile Duval, aliéniste réputé.

C’est là qu’il meurt à 46 ans, rongé par la syphilis, le 31 août 1867, à onze heures du matin.

Il est inhumé au cimetière du Montparnasse, dans la tombe où repose déjà son beau-père détesté et où sa mère le rejoindra quatre ans plus tard.

 

Une première demande en révision du jugement de 1857, sera introduite en 1929 par le ministre de la Justice, Louis Barthou.

Elle n’aboutira pas faute de procédure adaptée.

La loi du 25 septembre 1946 créant une procédure de révision des condamnations par le garde des Sceaux à la demande de la Société des gens de lettres pour outrage aux bonnes mœurs commis par la voie du livre, une demande de révision pour « Les Fleurs du mal » est décidée par un vote à l’unanimité moins une voix.

Cette demande est accordée le 31 mai 1949 par la Chambre criminelle de la Cour de cassation.

 

Dans ses attendus, la Cour énonce que : « les poèmes faisant l’objet de la prévention ne renferment aucun terme obscène ou même grossier et ne dépassent pas, en leur forme expressive, les libertés permises à l’artiste ; que si certaines peintures ont pu, par leur originalité, alarmer quelques esprits à l’époque de la première publication des « Fleurs du mal » et apparaître aux premiers juges comme offensant les bonnes mœurs, une telle appréciation ne s’attachant qu’à l’interprétation réaliste de ces poèmes et négligeant leur sens symbolique, s’est révélée de caractère arbitraire ; qu’elle n’a été ratifiée ni par l’opinion publique, ni par le jugement des lettrés ».

 

Figure centrale du grand tournant littéraire des années 1850-1860, admiré par Rimbaud, Verlaine et Mallarmé, honni par la presse et la critique et tant de ses contemporains, Baudelaire n’a curieusement publié de son vivant que deux ouvrages, « Les Fleurs du mal » et « Les Paradis artificiels ».

Poète maudit et méconnu à son époque, il est le précurseur du symbolisme des années 1870, du surréalisme de 1920 et de toute la poésie du 20ème siècle.

 

Nombreuses sont les citations célèbres et traduisant ses angoisses, ses sentiments, ses certitudes et l’image qu’il avait des humains et des choses

-         Sur lui-même :

o   Dans « Les Fleurs du mal » : « Ah ! Seigneur ! Donnez-moi la force et le courage De contempler mon cœur et mon corps sans dégoût ! »

o   Dans « Recueillement » : « Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille ! »

Sur les femmes qu’il méprise, sa mère étant la seule qu’il ait vraiment aimée :

o   Dans « Mon cœur mis à nu » : « La femme ne sait pas séparer l'âme du corps. Elle est simpliste, comme les animaux. Un satirique dirait que c'est parce qu'elle n'a que le corps. »

« La femme est naturelle, c’est-à-dire abominable. »

-         Sur son mal-être et son recours aux drogues et à la boisson :

o   Dans « Le Spleen de Paris » : « Il faut être toujours ivre. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules, il faut s’enivrer sans trêve. De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous ! »

o   Dans « Du vin et du haschisch » : « Un homme qui ne boit que de l'eau a un secret à cacher à ses semblables. »

-         Sur le travail et les loisirs alors que, paradoxalement, il a une vie d’oisiveté et de débauche :

o   Dans «  Journaux intimes » : « Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s'amuser. »

-         Sur ses rapports avec Dieu et Satan :

o   Dans «  Journaux intimes » : « Dieu est le seul être qui, pour régner, n'ait même pas besoin d'exister. »

o   « Le diable, je suis bien obligé d'y croire, car je le sens en moi ! »

o   « La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu'il n'existe pas. »

Et tant d'autres phrases ou citations émaillant essais et traités divers sur le poète, une simple requète permet d'en recencer des centaines :

o   « Le poète est semblable au prince des nuées, ses ailes de géant l'empêchent de marcher. »

o   « Homme libre, toujours tu chériras la mer. »

o   « Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté. »

o   « C'est la mort qui console, hélas ! et qui fait vivre. »


La Poste française a honoré à deux reprises la mémoire du « Poète maudit »,

-         En 1951 par un timbre à son effigie et référencé au catalogue Yvert et Tellier sous le n°908

-         En 2021 par un timbre auto-adhésif émis à l’occasion du bicentenaire de sa naissance et référencé au catalogue Yvert et Tellier sous le n°5482

 


 


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