top of page

Episode 36

  • JF
  • il y a 8 heures
  • 4 min de lecture
Mon année de seconde
Mon année de seconde

Un mois après cette fin de vacances studieuses, je retrouvais avec plaisir les murs de ce plus ancien collège de France, malheureusement fermé en 2012 et qui avait vu avant moi passer tant de noms célèbres et dont certaines allées du parc célèbrent encore le souvenir.

 

J’allais avoir l’extraordinaire privilège de passer deux années sur les mêmes bancs qu’à leur époque, Lafontaine, Montesquieu, Buffon, Jérôme Bonaparte et plus récemment Philippe Noiret, Claude Brasseur et tant d’autres dont la liste serait trop longue à énumérer, s’étaient assis.

 

Je retrouvais bien sûr Michel Balley et très rapidement nous nous liâmes d’amitié avec d’autres élèves, Philippe Daumont, Jacques Jusot et d’autres dont j’ai oublié le nom, mais dont je redécouvre avec plaisir le visage sur les quelques photos dont je dispose.

 

Nous dormions dans un très grand dortoir situé au premier étage des bâtiments du « grand collège » dans lequel, durant l’heure précédant l’extinction des feux, des petits haut-parleurs disséminés partout sur le sommet des murs diffusaient en continu un fond musical classique.

C’était extrêmement agréable et mon appétence pour les œuvres de Beethoven, Mozart, Schubert et tous les grands compositeurs date certainement de cette époque.

Un morceau revenait fréquemment et que j’aimais beaucoup, « Jour de noce à Trollhaugen » de Grieg et je suis toujours très ému quand par hasard et trop rarement à mon goût, cette œuvre est diffusée sur « Radio classique »

 

Les horaires de classes étaient les mêmes que ceux que j’avais connus durant la période estivale passée dans ces mêmes locaux.

Seuls certains professeurs avaient changé.

 

Je me souviens tout particulièrement de deux d’entre eux.

Monsieur Clair, tout d’abord et qui, si je me souviens bien, était censé nous enseigner la philosophie, ce qu’il avait beaucoup de mal à faire étant donné l’atmosphère turbulente dans laquelle se déroulaient ses cours.

En effet le pauvre était affecté d’un tic de langage qui lui faisait prononcer à la fin de chaque phrase l’expression « voyez-vous » qui dans sa bouche se transformait en une sorte de borborygme « oua-e-ou » que la bande de garnements que nous étions ne pouvaient pas ignorer.

Ce malheureux professeur vivait un enfer, que ses crises de colère devant nos impertinences qui décuplaient nos rires et quolibets, ne faisaient qu’amplifier.

C’est un de mes remords, avec le recul de l’âge, car le savoir de cet homme aurait mérité beaucoup plus d’indulgence et d’attention.  

 

A contrario, un deuxième professeur avait la faveur de tous les élèves qui suivaient ses cours.

Il avait nom Henry Mary et nous enseignait la littérature.

Grand ami de l’acteur Daniel Céccaldi qui avait lui-même été élève à Juilly, il avait un talent de récitant extraordinaire qui nous émerveillait.

J’ai adoré cet homme qui a grandement contribué au développement de ma personnalité et de ma culture.

 

Il ne se contentait pas de citer les auteurs dont il nous parlait, il vivait leurs œuvres en nous lisant comme personne des pans entiers de littérature.

Je le revois encore citant Edmond Rostand et nous lisant la célèbre tirade de Ruy Blas fustigeant l’inconduite des ministres, « bon appétit messieurs, ô ministres intègres, conseillers vertueux, voilà votre façon de servir ! ».

Nous étions aux anges.

 

J’ai appris sa mort récemment à Antibes, le 9 août 2017, en consultant internet.

Après Juilly, il a été directeur de la maison de la culture en Corse.

 

Deux autres personnages m’ont marqué.

 

Monsieur Scherrer qui était Maître de chapelle, et chef du chœur « la Cigale » chorale d’une cinquantaine d’élèves de tous âges, qu’il avait fondé et dont j’ai fait partie durant tout mon séjour en tant que premier ténor.

Il a considérablement contribué à ma culture musicale.

J’adorais chanter et notre morceau fétiche, l’Alléluia de Haendel, que nous interprétions pour les grandes messes, massés dans les tribunes de la chapelle du collège.

Faire partie de cette chorale m’a même permis, pour une occasion qui m’échappe, de chanter dans le chœur de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

 

Le père Delatouche qui, comme je l’ai déjà dit était préfet des études, était au quotidien un curé très sympathique et qui n’hésitait pas à retrousser sa soutane pour partager nos parties de ballon endiablées.

 

C’est à cette même époque que Papa fut nommé à la direction des usines italiennes du groupe Saint-Gobain.

La famille se transportant à Milan, c’est là que je les rejoignais pour les vacances en empruntant le train célèbre « Simplon-orient-express » au départ de la parisienne « Gare de Lyon ».

 

A ce sujet, il me revient un souvenir mémorable.

 

Un jour du début des vacances de Pâques, jouant les habitués blasés des voyages en train, je sautais dans la première voiture venue et cherchant un compartiment libre, je m’installais confortablement dans la perspective de ce long parcours.

Peu avant la frontière, bercé par le « tac-tac » des roues et le balancement de la voiture, je m’endormis.

Réveillé par la fraîcheur et le silence ambiant, dans un compartiment vide, sortant dans le couloir, j’avisais une femme de ménage en lui demandant où nous étions.

J’appris alors avec stupeur que nous nous trouvions sur une voie de garage de la gare de Lausanne.

Je compris alors que le train au départ de Paris était scindé en plusieurs tronçons destinés à des terminaux différents, dont celui de Lausanne où je me trouvais perdu.

 

Valise en main, enjambant tant bien que mal les voies de garage, au milieu des voitures abandonnées, je finis par rejoindre la Gare pour trouver un membre du personnel auquel j’expliquais ma mésaventure.

Bien entendu, je n’avais plus un sou pour payer l’indispensable billet qui me permettrait de retrouver la direction de Milan.

J’expliquais tout cela au chef de gare qui me prenant en pitié, m’autorisa à téléphoner à mes parents, légitimement inquiets de ne pas avoir pu me réceptionner à la « stazione centrale » et se demandaient avec angoisse où j’avais bien pu passer.

 

Gratifié par ce même chef de gare d’un billet gratuit pour le prochain train en partance, c’est avec 24 heures de retard que je retrouvais un père et une mère soulagés d’avoir pu me récupérer.



Commentaires


bottom of page