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Episode 38

  • JF
  • il y a 4 jours
  • 4 min de lecture
Mon année de première
Mon année de première

Mon année de seconde s’étant correctement conclue, j’intégrais sans problème la classe de première.

 

Pour cette année de classe préparatoire au baccalauréat, nous avions quitté le grand collège et ses imposants bâtiments, pour « La Rochelle », l’ensemble de grosses villas, accueillant exclusivement les classes terminales pour les études, le logement et les repas quotidiens.

 

Nous jouissions également de plus de liberté.

Par exemple, nous n’étions plus astreint à endosser pour nos sorties en ville, que ce soit pour les week-ends ou les vacances, le costume et le calot aux armes du collège, un blason avec deux ovale entre deux branches de laurier, l’un comportant les initiales de Jésus et Marie, l’autre trois fleurs de lys, le tout surmonté d’une couronne et de l’inscription Juilly.

La poche de poitrine de la veste bleu marine portait le même blason.

 

Généralement, dans le car qui les conduisait de Juilly à Paris en passant par Le Bourget pour s’arrêter à la station de métro Barbès, la plupart des internes ouvraient leur valise et troquaient l’uniforme contre le costume civil qu’ils avaient eu le soin d’emporter.

 

Henry Mary disposait d’une superbe voiture américaine, décapotable et de telles dimensions qu’elle pouvait aisément transporter cinq à six d’entre nous indépendamment du chauffeur.

Avec la bénédiction du préfet des études, notre professeur avait pris l’habitude de récompenser les meilleurs élèves de sa classe en profitant des après-midi du jeudi pour un aller-retour à Paris pour assister aux matinées de la Comédie-Française.

 

D’autant plus attentif et assidu aux cours de littérature, afin d’être parmi les élus de ces escapades, j’ai donc eu le fréquent privilège de faire partie du petit groupe et j’ai eu ainsi l’extraordinaire chance d’assister à beaucoup des pièces du répertoire classique, interprétées avec talent par tous ceux, qui plus tard la télévision et le cinéma aidant, ont été les tètes d’affiches des grands succès des cinquante dernières années.

Beaucoup, hélas, ont à présent disparus, certains encore récemment.

 

Ces neufs mois de mon année de première, qui aurait dû se terminer par les épreuves de la première partie du baccalauréat, passèrent tranquillement.

Dans l’ensemble, mes résultats scolaires se situaient plutôt dans le premier tiers de la classe, à la grande satisfaction de mes parents.

 

Nous étions au début du mois de juin et terminions un programme dont les matières devaient servir de base aux épreuves à venir quand, à la suite d’une contrariété collective, suppression d’une sortie, punition générale ou toute autre raison qui m’échappe à présent, un soudain vent de révolte s’empara de notre petit groupe de résidents à la Rochelle.

 

Attisé par la réaction malheureuse d’un professeur fustigeant sévèrement nos esprits juvéniles et prompts à s’échauffer, notre mouvement de colère échappa à tout contrôle pour dégénérer en véritable jacquerie.

 

Tous en cœur, sous la menée des plus intrépides d’entre nous, nous nous retranchâmes dans les dortoirs du premier étage, sourds aux injonctions et aux supplications du corps enseignant tout entier, réuni sous nos fenêtres autour du préfet des études, le père Delatouche.

 

Après plusieurs heures d’un dialogue de sourds, en fin de journée, l’intervention du très diplomate Henry Mary, utilisant au mieux le capital sympathie qui était le sien auprès de tous les élèves, réussit à ramener le calme et à nous faire entendre raison.

 

La tranquillité étant enfin revenue, nous dûmes attendre très inquiets jusqu’au lendemain matin pour connaître les suites que la direction de Juilly ne pouvait manquer de donner à cette délirante journée.

 

La sanction tomba en fin de matinée.

L’ensemble de la classe avait jusqu’à la fin de l’après-midi pour plier bagages, un car nous prenant alors en charge pour nous conduire jusqu’à Paris afin de nous permette de rejoindre nos familles.

Les inscriptions au Baccalauréat étaient maintenues mais, en cas de réussite, nous étions priés de trouver un autre établissement pour effectuer notre année de terminale.

Ce soir même, je dus donc dire, définitivement et pour toujours, adieu à Juilly et aux deux années heureuses que je n’aie jamais oubliées.

 

Mes parents furieux, à juste titre et malgré les tentatives d’explications que j’essayais en vain de leur donner, firent appel à Tonton et Tata pour passer le reste du moins de juin pour un « bachotage » sous leur contrôle.

J’atterris donc à Dijon pour quelques semaines « intenses » énergiquement managé par Tonton.

 

Une inscription de dernière minute me permit de passer les épreuves au lycée Edouard Herriot de la capitale de la moutarde.

Ma réussite avec mention bien, récompensant les efforts de Tonton et les miens, calma tous les esprits et me permit de passer des vacances tranquilles en Italie.

 

A la rentrée d’octobre, je fus inscrit comme pensionnaire au lycée Saint-François-de-Sales de Dijon pour suivre les cours de la classe de mathématiques élémentaires.

Deux mois après, une crise de rhumatisme articulaire aigu et un « léger » souffle au cœur me fit perdre de précieux mois et le fil de mes études, pour, en définitive, une année complètement perdue.

 

Toutefois, en fin d’année scolaire, mes rhumatismes n’étant plus qu’un méchant souvenir, juste avant mon départ pour Milan, mes dix-huit ans révolus et des cours de conduite m’étant offerts par Tonton et Tata, je profitais de cette possibilité qui m’était offerte pour passer mon permis de conduire.

 

Ce jour-là, j’ai vécu une histoire amusante et inattendue.

Les épreuves du code se passaient le matin et dans notre petit ensemble de postulants, j’avais lié connaissance avec un jeune candidat comme moi et nous avions discuté de choses et d’autres durant un bon moment.

L’après-midi avaient lieu les épreuves de conduite.

Le petit groupe du matin s’est à nouveau rassemblé après déjeuner dans l’attente de prendre place, chacun à notre tour, dans le véhicule où se trouvait l’inspecteur.

J’ai donc retrouvé mon nouvel ami avec lequel, en attendant notre tour, j’engageais à nouveau la conversation.

Très vite, je me suis rendu compte que quelque chose n’allait pas.

Nos propos n’étaient pas cohérents avec ceux de la matinée.

Je le sentais mal à l’aise et au bout d’un moment, il a fini par m’avouer, en me demandant de garder tout cela secret, que dans la matinée j’avais parlé à son frère jumeau.

L’un passait les épreuves du code et l’autre la conduite.

 

J’étais tout à la fois médusé et amusé par cette supercherie qui réussit à merveille, les deux frères ayant parfaitement réussi l’examen.

 

Ce que je n’ai jamais su c’est lequel des deux était le bénéficiaire du permis.

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